Cosmétiques naturels : à quel label se fier ?

 

Label bio : à quel label faire confiance ? Blog mode éthique cosmétique bio lifestyle naturel / Estelle-some-place-called-home

 

L’an dernier, on a beaucoup parlé, dans le monde de la cosmétique bio, d’une nouvelle norme répondant au doux nom de “ISO 16128“. Les marques de cosmétiques bio – labellisées Cosmébio, Ecocert… – la condamnent ; l’industrie de la cosmétique conventionnelle s’en réjouit. Qu’est-ce que cette norme change ? Pourrons-nous avoir confiance dans les nouveaux produits qui utiliseront les mots “naturel” ou “biologique” ? À quel label pouvons-nous nous fier ?

Un nouvel épisode de #ConsommationÉclairée s’avérait plus que nécessaire… 🙂

La norme ISO 16128, c’est quoi ?

ISO 16128 est une nouvelle norme internationale relative aux produits naturels et bio, dont l’objectif – dans un monde idéal et avouons-le, un peu bisounours sinon totalement niais – est d’harmoniser les définitions de quatre catégories d’ingrédients – biologique, dérivé biologique, naturel et dérivé naturel – afin de permettre une plus grande transparence et une meilleure lisibilité à l’égard du consommateur. En clair, une marque de cosmétique devrait, grâce à ISO 16128, répondre aux différents critères définis par la norme pour estampiller ses produits des mots “bio”, “d’origine naturelle” and co… ainsi, le consommateur pourrait enfin être en mesure de mieux identifier les produits bio, naturels, dérivé de bio, ou dérivé d’ingrédients naturels. Ça, c’est pour la théorie…

L’ISO, c’est qui ?

L’ISO est une organisation internationale non gouvernementale de normalisation qui regroupe dans son réseau 163 pays : l’ISO a désigné dans chacun de ces pays un, voire plusieurs, experts reconnus pour leur pouvoir de normalisation. En France, c’est l’AFNOR, l’Association française de normalisation, composée de près de 2 500 entreprises adhérentes, qui fait partie du réseau. Elle est reconnue par les pouvoirs publics français, et constitue un noyau central du système français de normalisation : elle anime, coordonne le processus d’élaboration des normes et promeut leur application.

C’est là le premier accroc… QUI sont les 2 500 entreprises adhérentes ayant participé aux négocations sur la norme ISO 16128 ? Un collectif de marques de cosmétiques bio – Générations Cobayes, Générations Futures, WECF, les Naturalistas, et Cosmébio, qui représente 450 marques – ont dénoncé, en octobre, une norme faite PAR et POUR l’industrie cosmétique conventionnelle. En d’autres mots, la norme ISO 16128 pourrait faciliter le green washing, “l’éco-blanchiment” – qui consiste à orienter le marketing d’une marque vers un positionnement écologique. Cf. McDonald’s, dont le logo est passé du rouge au vert au tournant des années 2000 (just saying).

 

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Elle change quoi, exactement, cette norme ?

Pas de seuils définis

Jusqu’en octobre, sur une publicité (régulée par l’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité, l’ARPP), un cosmétique ne pouvait se revendiquer “naturel” que s’il contenait au moins 95% d’ingrédients ou de dérivés naturels ; et “biologique” s’il contenait 100% d’ingrédients biologiques. La norme ISO 16128 n’établit pas de seuil minimum de produits naturels ou biologiques. Seulement une méthode de calculs permettant d’établir les indices de naturel et/ou de biologique des ingrédients – dont découlent ensuite les pourcentages de naturel et de biologique d’un produit fini. Pas de seuil au-deçà duquel il ne serait pas possible de marquer “bio” ou “naturel” sur l’étiquette.

Du coup, on pourrait rapidement voir éclore des produits à 51% d’origine naturelle contenant… 49% d’ingrédients issus de la pétrochimie (comme tous les silicones) estampillés “D’origine naturelle”. Du pain béni pour le green washing.

Une redéfinition floue des termes bio, dérivé bio, naturel et dérivé naturel

La redéfinition des termes “bio”, “dérivé du bio”, “naturel” et “dérivé naturel” intègre désormais  des ingrédients faussement naturels, tel les silicones ou les OGM. La norme ISO s’est faite dans la concertation de 163 pays, qui n’ont pas une législation aussi restrictive et réglementée que la France… Voici les nouvelles définitions établies :

  • “naturel”: ingrédient obtenu exclusivement à partir de végétaux, micro-organismes, minéraux ou animaux
  • “biologique”: ingrédient issu de méthodes d’agriculture bio ou de récoltes sauvages
  • “dérivé de naturel”: ingrédient s’il est d’origine naturelle à plus de 50%, après transformation chimique et/ou biologique (ce qui laisse la place aux OGM)
  • “dérivé de biologique” : ingrédient s’il provient de matériaux issus de l’agriculture bio et d’ingrédients d’origine naturelle, après transformation chimique et/ou biologique sans intervention de combustible fossile (eau florale, huile essentielle)

Qu’est-ce que cela veut dire ? Que la norme institue qu’une huile de silicone fabriquée à partir de 70 % de sable naturel pourrait être créditée d’un indice d’origine naturel de 0,7 ; et que les ingrédients issus de végétaux génétiquement modifiés pourraient être considérés comme des ingrédients naturels dans certaines régions du monde. On peut se rassurer en se disant que les systèmes français et européens nous protègent, puisque les produits fabriqués hors d’Europe contenant des OGM ne peuvent être importés, mais quand même. On est jamais trop prudents… 

Pas de liste noire de produits nocifs établie

La norme n’a pas vocation à autoriser ou interdire la présence de certains ingrédients controversés dans les produits naturels ou biologiques. Du coup, on pourrait observer le hiatus suivant : un produit composé à 95% de produits biologiques, avec 5% de produits extrêmement nocifs et vigoureusement interdits par les labels bio privés.

Je sais, ce n’est pas joli-joli tout ça. Et à la lecture de ce billet, vous vous raidissez un peu. Don’t worry : voici les labels privés auxquels vous pouvez accorder – sinon votre totale confiance, au moins votre vigilante confiance. 

Consommateur/-ice, je m’y retrouve comment ?

J’aurais tendance à dire… fiez-vous aux labels biologiques éprouvés ! Prenez le temps de lire les étiquettes, ainsi que la liste des ingrédients. Bref, soyez vigilants face aux nouvelles mentions “naturel” et  “biologique” qui devraient éclore sur de nombreux produits – avec sans aucun doute, des prix très attractifs, mais qui s’apparentront davantage à un “bio au rabais” 🙂

Les labels dans lesquels vous pouvez avoir confiance

Cosmébio

Ce label définit de façon stricte et transparente la « cosmétique Ecologique et Biologique », à travers deux labels, le label Bio (cosmétiques écologiques et biologiques) et le label Eco (cosmétiques écologiques). Le contrôle est effectué par des organismes certificateurs indépendants et agréés comme Ecocert ou Qualité France.

Garanties : 95% minimum des ingrédients sont naturels ou d’origine naturelle dans les deux labels, 95% (label Bio) et 50% (label Eco) minimum des ingrédients végétaux sont issus de l’agriculture biologique. 10% (label Bio) et 5% (label Eco) minimum du produit fini sont issus de l’agriculture biologique. Les produits sont garantis sans OGM. Les parfums et colorants de synthèse, parabens, silicones, matières issues de la pétrochimie et les produits éthoxylés (PEG) sont interdits, de même que les matières premières d’origine animale et les tests des produits sur les animaux. Le label Cosmébio prend en compte la dimension environnementale sur les processus, puisque le respect de l’environnement doit être intégré au niveau des modes d’obtention des matières premières, des procédés de transformation, des modes de présentation des produits finis, du recyclage de leurs emballages et de la gestion de l’ensemble des déchets issus de leur fabrication.

Les moins : seulement 95% des ingrédients végétaux sont bio, les dérivés d’huile de palme sont autorisés.

Ecocert

Ce label est agréé les autorités françaises, et les fabricants éco-certifiés sont contrôlés 2 fois par an par un auditeur Ecocert indépendant.

Garanties : 95% minimum des ingrédients sont d’origine naturelle, 10% minimum du total des ingrédients issus de l’agriculture biologique. 5% maximum d’ingrédients synthétiques issus d’une liste très restrictive sont autorisés (ces composants servent notamment à la conservation du produit). Les colorants, parfums synthétiques, dérivés pétrochimiques et matières éthoxylées sont interdits.

Les moins : seulement 95% des ingrédients végétaux sont bio, les dérivé d’huile de palme restent autorisés.

NaTrue

NaTrue est un groupement d’intérêt international de fabricants de cosmétiques naturels et biologiques, dont l’objectif commun est de préserver le niveau d’exigence le plus élevé possible pour les cosmétiques naturels et biologiques et les ingrédients qui les composent. Il y a trois niveaux de certification NaTrue.

Garanties : 70% au minimum des ingrédients sont issus de l’agriculture biologique contrôlée et/ou de la cueillette sauvage certifiée (NaTrue **) ; 95 % au minimum des ingrédients sont issus de l’agriculture biologique contrôlée et/ou de la cueillette sauvage certifiée (NaTrue ***). Les parfums et colorants synthétiques, produits pétrochimiques et Sodium Laureth Sulfate, les plastiques contenant du chlore sont interdits. Un rapport sur le développement durable ou une étude sur l’impact du cycle de vie des produits est obligatoire.

Les moins : on peut regretter l’autorisation de conservateurs synthétiques (alors que des équivalents naturels existent), l’autorisation des dérivés d’huile de palme, l’absence de restriction sur les huiles estérifiées et hydrogénées, l’autorisation du Sodium Lauryl Sulfate…

BDIH

Le BDIH est un cahier des charges construit sur une “liste positive” d’ingrédients autorisés.

Garanties : pour obtenir la certification, il faut que 100% des ingrédients appartiennent à la liste établie par BDIH. Les parfums et colorants synthétiques, dérivés pétrochimiques sont interdits.

Les moins : le BDIH n’établit pas de seuil minimum d’ingrédients d’origine naturelle ni d’ingrédients bio, autorisation de dérivés d’huile de palme, absence de restriction sur les huiles estérifiées et hydrogénées…

 

Oolution, marque de cosmétiques naturels, a réalisé un tableau comparatif de chaque label sur son site : n’hésitez pas à aller y jeter un oeil, il est très très complet 🙂

Dans mon bazar bio (enfin, mon armoire de salle de bain), j’ai réalisé un petit “test étiquette” : la plupart des produits que je détiens sont labellisés Cosmébio ou EcoCert : un gage de qualité assuré 🙂 D’ailleurs, j’ai mis en ligne récemment un petit guide des marques de cosmétiques bio et naturels qui pourra vous être bien utile !

Aviez-vous entendu parler de cette nouvelle norme ?
Quelle est votre ressenti ?
Arrivez-vous à identifier les produits biologiques ou naturels facilement ?
Quel sujet aimeriez-vous voir traité dans le prochain épisode de #ConsommationEclairée ?

À très vite,

Estelle

 

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4 Commentaires

  1. 31 janvier 2018 / 13 h 04 min

    C’est intéressant, je suis assez peu calée là-dedans donc ça m’aide beaucouuuup. 😀

    • Someplacecalledhome
      Auteur
      1 février 2018 / 18 h 28 min

      C’est tellement difficile de démêler le vrai du faux, de connaitre tous les ingrédients. Et les informations manquent souvent de transparence…

  2. 4 février 2018 / 18 h 31 min

    Ton article est très intéressant. Je reconnais que je ne m’y connais pas bien en matière de cosmétique et que j’ai tendance à m’y perdre au vu des nombreuses normes, labels et marques plus ou moins honnêtes. Je te remercie donc pour toutes ces informations.

    • Someplacecalledhome
      Auteur
      5 février 2018 / 17 h 52 min

      C’est extrêmement difficile aujourd’hui de s’y retrouver, on attend des consommateurs qu’ils fassent eux-mêmes un tri incroyable, et la diversité des normes, labels est vraiment un souci pour la transparence et la fiabilité de l’information. J’essaie de faire en sorte que nous y voyons plus clair, mais il me reste tellement encore à apprendre !
      à très vite,

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