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Il y a deux semaines, un ami m’a partagé cet article du Monde, « Au Mexique, les ravages de la culture de l’avocat« . Daté de 2016. Oui, 2016. Comme un hasard de calendrier, la semaine suivante était diffusé le reportage d’Envoyé Spécial, « Les avocats du diable« . J’adore l’avocat, il est d’ailleurs l’élément pivot de mes bols repas : délicieux, il se marie avec tout ! Forcément, le contenu de ces reportages m’a énormément fait réfléchir… à tel point que j’ai eu envie de rédiger un article vous donnant toutes les informations disponibles sur le sujet pour une consommation plus éclairée 🙂

Bien entendu, mon objectif n’est pas de dire si manger de l’avocat est « bien » ou « mal ». Je ne suis pas un gourou. Chacun est libre de faire ce que bon lui semble. Simplement de vous donner quelques éléments de réflexion que j’ai trouvé très pertinents. 

Le boom de l’avocat

Il aurait pu être élu aliment le plus photogénique d’Instagram (à moins qu’il ne le soit déjà?), ou récolter les applause unanimes des consommateurs lui trouvant un goût doux et une texture onctueuse… L’avocat a conquis en quelques années nos mode de consommation, aussi bien qu’on le mange à toutes les sauces : avocado toasts, salades, bols-repas, maki, guacamole… l’avocat se décline aussi au sucré, et les chefs nous proposent aujourd’hui des desserts glacés à l’avocat. Oh, et je suis sûre que les smoothies avocats existent déjà ! 

En trois ans, la consommation de l’avocat a été multiplié par trois. Devinez quoi ? La France en est le pays le plus friand, puisqu’une personne en consomme en moyenne 1,5 kilo par an.  Il faut dire que les bienfaits de l’avocat sont sans cesse rebattus dans les médias : ce super-aliment aurait de nombreuses vertus pour le coeur et la circulation, ainsi que pour faire baisser le taux de mauvais cholestérol. Il diminuerait les risques de cancers, les rides, et la cellulite. Bref, bien que calorique, l’avocat séduit. Et pourtant…

L’impact écologique de l’avocat

L’eau

L’avocat est un fruit qui se cultive dans les régions tropicales : il a besoin de chaleur, d’humidité certes, mais surtout de beaucoup beaucoup (beaucoup) d’eau. Un chiffre est plus parlant que dix mots : 1 000 litres d’eau pour deux avocats et demiSoit l’équivalent de 10 lessives. POUR DEUX AVOCATS ET DEMI. À titre de comparaison, il faut 180 litres pour faire pousser un kilo de tomates, 130 litres pour un kilo de salade.

Et si l’on se lance dans la culture de l’avocat quand on ne dispose pas d’un climat tropical, il faut « simuler » ce milieu, et irriguer à grande échelle.  Cultivé sur des milliers d’hectares, l’avocat assèche les régions dans lesquelles il est cultivé. C’est le cas notamment de l’Andalousie, en Espagne. Il ne pleut plus assez pour absorber le déficit d’eau créé par la culture de l’avocat. Les nappes phréatiques se vident, ce qui pose à la fois des problèmes pour l’équilibre de notre écosystème, et pour notre propre consommation d’eau (nous puisons dans les nappes phréatiques, grandes réserves d’eau douce, pour l’eau potable, par exemple). 

Les forêts

Le reportage d’Envoyé Spécial est assez effrayant : pour vous la faire courte, chaque année ce sont 700 hectares de forêts qui disparaissent dans le Michoacán (dont certains de manière complètement illégale), l’une des régions les plus active dans la culture de l’avocat. 700 hectares, c’est 1 000 terrains de foot. En dix ans, 170 000 hectares de forêts de pins ont été rasées. 

Les risques de la déforestation ? Désertification, changement du climat local (plus faible pluviométrie), davantage de dioxyde de carbone dans l’atmosphère (les arbres l’absorbent…), menace pour la flore et la faune

Un constat malheureusement pas très glorieux !

 

« L’or vert » suscite bien des convoitises…

Il est facile de consommer nos avocado toasts et nos guacamole sans se soucier de ce qui se passe à l’autre bout du monde, sur les exploitations. L’avocat est devenu tellement rentable (passant de 0,25 centimes à 3,5 euros le kilos en quelques années) que sa culture est comparable aux enjeux de la culture de l’or, de cocaïne, etc.

Au Mexique par exemple : 10% (sur 120 000 tonnes produites) de ses exportations sont destinées à l’Europe (regardez un peu les étiquettes, même en bio, le Mexique est en tête). Forcément, les cartels réclament leur part du gâteau… Kidnapping d’enfants, exécutions sommaires, rackets sont devenus la norme au Mexique. D’ailleurs, certains riches exploitants ont mis en place des check-points, avec des gardes lourdement armés, pour surveiller toutes les entrées et sorties aux alentours des exploitations…  Aujourd’hui, les exploitants n’apprennent plus seulement à cultiver l’avocat : ils apprennent à manier les armes. Et leurs enfants aussi.

L’impact sanitaire : le paradis des pesticides

Les risques des pesticides

Petit préambule : toute la communication du Ministère de la santé et des autorités sanitaires européennes repose sur les fameuses « limites maximales de résidus de pesticides » trouvées dans les aliments. En dessous d’un certain seuil, 0,05 pour être précis, les doses ingérées ne sont pas jugées dangereuses. Ce qui est moins connu, c’est que les pesticides s’accumulent : au cours d’une vie, c’est donc 0,05 + 0,05 + 0,05… qui s’entassent dans nos organismes, avec tous les beaux effets qu’on leur doit : risques de mort ou malformations pour le foetus, retard de développement pour les enfants et adolescents, et un grand lot de maladies.

C’est d’ailleurs ce rejet des pesticides qui m’a conduite à me tourner vers le bio. Mais poursuivons… 

L’impact sanitaire pour nous, Européens

Le sujet reste très discuté… À la question, « est-ce que les avocats sont beaucoup contaminés par les pesticides ?« , difficile de trouver un consensus. Les premiers opposent un ferme « non », évoquant l’épaisseur de la peau de l’avocat, qui protègerait l’intérieur du fruit d’une éventuelle exposition aux pesticides (étude à l’appui). Les seconds se basent sur d’autres études laboratoires effectuées sur des lots d’avocats pris au hasard dans les supermarchés. Ainsi, les équipes d’Envoyé Spécial constatent la présence de plusieurs pesticides à l’intérieur de plusieurs fruits importés du Mexique (jusqu’à 4 à forte dosela vidéo ici, à partir de 1h40).

Je vous arrête tout de suite : si vous vous dîtes que vous n’êtes pas exposés aux pesticides en mangeant bio, la réalité en sera sans doute tout autre. Il y a une semaine, je le pensais dur comme fer.  Malheureusement, les pesticides sont énormément utilisés car les avocats sont très sujets aux vers. Ce qui explique que de nombreux exploitants bombardent leurs plantations de pesticides. Dans le reportage de France 2, on apprend que certains pesticides sont utilisés par les exploitants même s’ils sont très précisément interdits en Europe (encore faudrait-il que tous les lots soient testés, nous allons le voir tout de suite). Et aussi que certains pesticides interdits MÊME au Mexique sont utilisés illégalement (du genre « très très nocifs »).  

Le hic, c’est qu’il n’est pas possible de savoir qui joue vraiment le jeu du bio, du respect des pesticides autorisés et de ceux qui ne le sont pas. Les contrôles sanitaires ? L’équipe d’Envoyé Spécial nous apprend que très peu de lots d’avocats sont testés chaque année par la DGCCRF (répression des fraudes) : en 2015, 16 échantillons d’avocats, l’équivalent d’une centaine de fruits. Sur UN AN

L’impact sanitaire pour eux, ceux qui vivent à proximité des exploitations

C’est sans doute là la plus grosse catastrophe : la culture de l’avocat et l’usage massif de pesticides mettent gravement en danger les populations vivant à proximité immédiate des plantations. Je vous invite vraiment à visionner le reportage d’Envoyé Spécial, qui décrit différents cas de personnes touchées par la présence de pesticides dans l’atmosphère : avortements, malformations, perturbation du développement du foetus et de l’enfant

Au Mexique, premier pays exportateur d’avocats, il existe en outre une véritable omerta sur le sujet. L’avocat a été le fruit qui a fait décoller l’économie, ainsi que la construction d’infrastructures et de services. Des énormes avancés qui ont aidé à l’amélioration des conditions de vie matérielles des populations… 

 

Et maintenant, on fait quoi ?

Très honnêtement, je n’ai pas encore trouvé la réponse à cette question. Je crois qu’il y a une forte donnée idéologique : plus que l’environnement pour moi, c’est la forte volonté de ne pas cautionner les désastres sanitaires et sécuritaires que cause la culture de l’avocat. Pourtant, je suis bien consciente que le fait d’arrêter, à ma petite échelle, de consommer de l’avocat ne changera pas grand chose au niveau de la planète. Au plus éviterais-je de voir les pesticides s’entasser dans mon organisme.

Je crois que l’important est d’être conscient du business et de ses conséquences, et de consommer désormais de manière éclairée

Sur une note plus légère, après avoir passé des jours plongés dans mes recherches sur l’avocat, je me lancerai bien dans la culture de mon petit avocatier home-made 🙂

Connaissiez-vous les différents impacts de la culture de l’avocat ?
D’ailleurs, quelles sont vos habitudes de consommation d’avocat ?
Cette série « consommation éclairée » vous séduit-elle ?
Avez-vous des produits sur lesquels vous aimeriez que j’écrive ?

Le second article de #ConsommationEclairee sera consacré au quinoa. J’espère vous retrouver très vite pour cette nouvelle série!

À très vite,

Estelle

 
Sources :

* Vous ne regarderez plus jamais l’avocat de la même façon, L’OBS
* Les avocats du diable, Envoyé Spécial (France 2)
* L’avocat, l’or vert qui menace l’environnement, BioalaUne
* L’avocat, un fruit qui fait sa loi, France 5

 

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12 Comments

  1. Chouette article. J’avais lu il y a déjà longtemps que l’avocat a une empreinte écologique assez mauvaise, du coup j’en consomme relativement peu même si j’adore ça. En France les restaurants japonais représente un problème d’ailleurs, car ils sont très consommateurs …
    Le secret d’une bonne hygiène de vie pour nous comme pour la planète, c’est d’être raisonnable dans tout finalement …
    Merci pour cet éclairage 🙂

    • Someplacecalledhome Reply

      Bonjour Aurore !

      Je partage complètement ta conclusion : être raisonnable dans tout, que ce soit nos habitudes de consommation alimentaires, vestimentaires, etc. 🙂
      À bientôt,
      Estelle

  2. Coucou !
    C’est une très bonne idée de série d’articles ! J’ai hâte de lire le prochain sur le quinoa.
    Personnellement, je n’aime pas trop l’avocat. Je l’utilise seulement pour faire du guacamole et ce n’est pas toujours instagramable :P. De plus, j’essaie de limiter ma consommation de produits « exotiques » comme les avocats, bananes, mangues et cie au vu de leur impact carbone. Puis en France nous avons plein de fruits et légumes, pourquoi ne pas plus les consommer ? Avec tous les fruits d’été, les pommes, poires, mandarines… On a l’embarras du choix !

    • Someplacecalledhome Reply

      Hello !

      Manger selon les saisons, et local, est effectivement une habitude à prendre : je suis spécialement pour parce qu’elle permet de booster notre économie, les ressources de nos exploitants, agriculteurs… dans un monde où l’on cherche sans cesse à produire à plus faible coûts sans tenir compte de l’humain !

      Quant aux mandarines et clémentines l’hiver, quel délice ! J’en ai l’eau à la bouche 🙂

      À bientôt,
      Estelle

  3. Petite, j’aimais bien l’avocat, j’y ajoutait juste de la vinaigrette au niveau du noyau. Quand j’y pense, l’avocat est déjà tellement GRAS, que c’était vraiment le plus mauvais accompagnement qu’il soit !! Depuis que je suis devenue végétarienne il y a un an, je vois des avocats partout ! Pour son côté healthy ??? Heu franchement je n’y crois pas… Pour son côté esthétique plutôt !
    Mais bizarrement je ne le digère plus, je me rends malade direct ! Tu pourrais peut-être compléter ton article sur ses apports caloriques par exemple ? Merci pour cet article très intéressant avec ses nombreuses ressources documentaires 🙂

    • Someplacecalledhome Reply

      Coucou !

      Merci pour ton petit mot, et ta suggestion 🙂
      À l’écriture du billet, il est vrai que j’ai choisi d’ôter la question des apports caloriques… J’entretiens une relation assez ténue avec la nourriture sur ce blog : je prône une alimentation saine, respectueuse de la santé, mais je tiens à ne pas culpabiliser sur le nombre de calories. Toutefois, effectivement, manger trop d’avocat n’est pas recommandé d’un point de vue sanitaire puisqu’il y a du gras (même végétal) – dont on connait les effets sur la santé (cholestérol, artères, etc). Je vais sans doute l’intégrer rapidement 🙂

      Ravie que ce billet t’ait plu,
      À très vite,
      Estelle

  4. Bonjour :o) J’avais vu le reportage sur la 5 que tu cites dans les sources, ça ne m’a pas trop étonnée en quelque sorte et écologiquement parlant j’avais déjà décidé d’en manger le moins possible avant de voir le reportage (l’eau, le transport, les pesticides, la déforestation …)
    Depuis si vraiment j’en veux un ou 2 je les prends de pays plus « proches » de la France comme Israël … Au moins il ne sera pas question de cartel de la drogue, d’enfants et de familles décimées … Tout en essayant de voir si c’est la saison :o)
    Si si je suis persuadée que si chacun fait sa part ça change quelque chose de ne plus consommer d’avocat ! (par exemple) Si les consommateurs n’achètent plus de fraises en plein hiver les supermarchés n’en demanderont plus et la planète s’en portera bien mieux etc
    C’est pareil pour tout, c’est nous qui décidons de consommer ou non un produit : si les supermarchés ne le vendent pas il n’en proposeront plus, c’est aussi simple que ça de consommer responsable et ça fait boule de neige :o)
    Bonne semaine

    • Someplacecalledhome Reply

      Hello Nat,

      J’aime beaucoup ta façon de voir le monde, et je te rejoins parfaitement sur le raisonnement. J’aimerais vraiment que l’on puisse redonner le pouvoir aux consommateurs (après tout, c’est nous qui décidons d’acheter ou non !) et ainsi créer de nouvelles manières de consommer où nous ne sommes plus seulement des vaches à lait. L’essor de la « société civile », des mouvements anti-grande distribution, me fait parfois penser qu’un jour cela sera possible 🙂

      Belle fin de journée,
      À très vite,
      Estelle

  5. Merci pour cet article si complet sur la question. J’avais déjà lu bon nombre d’études sur les ravages de l’avocat et malheureusement, c’est une vraie catastrophe. C’est bien que tu éclaires ton lectorat là-dessus. Bisous !

    • Someplacecalledhome Reply

      Merci de ton accueil pour ce type de billet nouveau sur le blog ! Je crois que j’ai pris conscience de tout ça en lisant « Vous êtes fous d’avaler ça » de Christophe Brusset…
      À bientôt,
      Estelle

  6. Je viens enfin de prendre le temps de livre cet article dont le titre m’avait interpellé. Je trouve ton article bien fait (même s’il fait un peu peur) et j’ai appris beaucoup de choses. Que des pesticides soient utilisés alors qu’ils sont interdits en Europe, ça ne m’étonne pas vraiment. Dans des pays pauvres comme le Mexique, ça doit un peu leur passer au dessus de la tête. Surtout si les paysans ont peur de perdre une grande partie de leur récolte.

    Pour ma part, j’ai la chance de vivre dans un endroit où des avocats sont cultivés localement. Il y en a beaucoup de sauvages aussi (leur saveur est incroyable).

    J’adore les avocats et je pourrai en manger presque tous les jours mais j’ai fait le choix d’en consommer des locaux uniquement. D’un point de vue éthique, économique et gustatif ça me conviens mieux.
    La période des avocats ne dure que quelque mois et le reste de l’année, je mange autre chose.
    Et finalement, ça se passe bien ! J’attend toujours avec impatience que la saison des avocats commence. C’est aussi chouette d’avoir des échéances positives dans l’année.
    Bonne journée !

  7. Pingback: #ConsommationEclairée : Focus sur… le quinoa ! – Some Place Called Home

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